dimanche 21 avril 2013

L'impuissance

Je n'avais pas l'intention d'ajouter ma voix au concert (pour le moins) discordant des avis plus ou moins éclairés pour ou contre l'ouverture du droit au mariage aux couples homosexuels, ne cachant pas mon approbation mais ne voyant pas trop ce que je pouvais y apporter. Déjà, l'idée de mariage, ça me plaît moyen, rapport peut-être à mon histoire familiale et aux mois que j'ai passés, la vingtaine à peine entamée, à voir des couples qui s'étaient suffisamment aimés au point de se jurer fidélité à vie (les fous) se déchirer quelques années plus tard au point que vendre un vieux congélateur pour une bouchée de pain pouvait être considéré comme une haute trahison. Mon professeur de droit de la famille disait d'ailleurs qu'acheter de l'immobilier à deux revenait à planquer une bombe à retardement dans sa cave et jeter la clé. Seulement voilà, l'abrogation de cette noble et immuable (immuable que pouik, oui) institution n'étant pas à l'ordre du jour, je ne vois pas pourquoi on l'interdirait à certains couples au motif que la nature les a équipés des mêmes extensions.

Avant d'entrer dans le vif du sujet, je passe rapidement sur un vieux mythe ressorti pile poil pour l'occasion: le mariage n'a pas été créé dans le but de protéger les enfants. Le but du mariage est avant tout de protéger un patrimoine, d'ancrer une alliance entre deux familles et d'assurer un entretien aux femmes dans des sociétés où elles ne pouvaient, hors prostitution, pas être indépendantes financièrement. Les enfants, on n'en avait tellement rien à battre que le père de famille romain pouvait bazarder à la naissance ceux qu'il ne voulait pas élever. Le mariage, c'est d'abord et principalement une histoire de fric.

Quand François Hollande a annoncé vouloir ouvrir le droit au mariage aux couples homosexuels, j'ai accueilli favorablement la nouvelle sans trop me faire d'illusions: je savais que ce serait plus facile que de réduire le chômage galopant et que ça lui permettait de se mettre une partie de l'électorat dans la poche à pas cher. Mais après tout, le PACS n'offrait qu'une couverture très restreinte en regard du mariage et je ne voyais aucune raison de priver les couples homos de ce droit.

Une année plus tard, je ne ressens plus que du dégoût mêlé d'impuissance. Je me doutais que ça n'irait pas tout seul et que la droite en profiterait pour tester le nouveau gouvernement sur la première mesure de son programme. Mais je ne m'attendais pas à un tel déferlement de haine touchant des amis et des membres de ma famille au point que j'en vienne à craindre pour leur santé mentale, voire pour leur sécurité. J'ai vu des familles se déchirer, des amitiés prendre fin, à cause des outrances commises par des gens qui vont tous les dimanche s'entendre dire qu'il faut aimer son prochain, avant d'aller hurler contre les droits de ce dernier et d'en appeler à la guerre civile.

Que les choses soient claires: je comprends tout à fait que l'on puisse désapprouver que des couples homosexuels se marient, en particulier quand on est issu d'une génération où cela paraissait tellement incongru que les homos eux-mêmes n'auraient jamais eu l'idée de le revendiquer. Je sais aussi que les manifestations et autre démonstrations de force font partie du paysage politique en France, l'un des deux pays dont je suis originaire, alors qu'elles en sont pratiquement absentes dans celui où j'habite. Mais entre l'envie d'apporter mon soutien à une partie de la population faisant l'objet de tous les excès et une certaine retenue vis-à-vis d'une cause qui ne me touche qu'indirectement, je ne sais sincèrement plus quoi faire. J'ai beau me dire qu'il ne s'agit après tout que d'enfants turbulents qui testent leurs parents, cherchent les limites et ont besoin de les trouver, que tout rentrera dans l'ordre une fois la loi passée, le fait qu'il se trouve suffisamment de gens censément bien sous tous rapports capables de vomir de telles insultes à l'égard de gens qui ne menacent en rien leur mode de vie, téléguidés en cela par la moitié de la classe politique, ne me dit rien qui vaille au sujet de ce que je dois bien encore appeler mon pays.

Alors si d'aventure vous passez par là, je vais vous demander un truc, si vous en êtes encore capables. Vous imaginez-vous aptes à expliquer, dans dix, vingt ou trente ans, à vos enfants, vos petits-enfants, que votre opposition à une réforme législative vous permettait de faire preuve d'une violence pareille contre des êtres humains inoffensifs ou, du moins, de la cautionner? Pensez-vous réellement que ne pas partager une certaine vision de la société autorise à insulter une large part de la population, au sein de laquelle vous pourriez bien, d'ailleurs, retrouver des proches, voire vos propres enfants? Et comme ces derniers ont une fâcheuse tendance à se mettre à penser par eux-mêmes au sortir de l'adolescence, pourrez-vous les regarder en face lorsqu'ils vous demanderont des comptes? Aujourd'hui, vous n'aurez peut-être pas de mal à me répondre oui mais réfléchissez: je suis assez bien placée pour savoir que certaines "crises d'adolescence" cachent parfois des ruptures bien plus profondes.

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