mardi 18 mars 2014

Autodétermination de ta race

J'ai une bonne et une mauvaise nouvelle. La bonne, c'est que j'ai lu, dans les médias occidentaux franco- et anglophones, relativement peu d'énormités sur ce dont je vais vous entretenir céans. La mauvaise, c'est que c'est uniquement parce que les circonstances du cas d'espèce placent la loi du côté des médias en question.

Parce que bon, c'est un peu hors-sujet (mais pas tant), mais je pourrais dire deux-trois mots sur la légitimité qu'il y a à renverser un président certes corrompu jusqu'aux dents (mais à peine pire qu'un conseiller d'Etat d'un canton bilingue de la vallée du Rhône, juste un peu moins subtil) mais démocratiquement élu (certes avec quelques irrégularités, mais à peine pires que celles commises par un maire UMP d'une commune du sud de la France, juste un peu plus surveillées parce que vous comprenez, ces gens-là connaissent à peine la démocratie, même que les Bolchéviques sont peut-être encore en embuscade pas loin). Et que non, ce n'est pas une révolution mais une émeute qui a réussi, une révolution implique un changement radical de la structure politique et sociale de l'Etat et ce n'est pas à l'ordre du jour.

Bref.

Ce dimanche eut donc lieu un référendum sur l'autodétermination de la Crimée. Comme prévu, le score fut stalinien en faveur du rattachement à la Russie, aidé en cela par la nette préférence des Tatars et Ukrainiens de la péninsule pour la pêche à la ligne ce jour-là1.

De manière excessivement prévisible, l'Union européenne et les Etats-Unis2 "dénoncent fermement cette masquarade" (expression piochée au hasard parmi la douzaine disponible dans ce genre de circonstance). Le fait est qu'ils ont raison. Cette fois.

La Russie, et avec elle les Russes de Crimée, invoquent le droit à l'autodétermination. Bien bien bien.

La notion de droit à l'autodétermination, ou droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, remonte au moins à l'époque mésopotamienne et aux cités-Etats de la Grèce antique. Plus récemment, elle fut développée dans le cadre de la montée des nationalismes en Europe au XIXe siècle, en particulier pour affaiblir les empires Austro-Hongrois et Ottoman3. La Société des Nations, tout occupée à justifier la "mission civilisatrice" des puissances occidentales, l'a expressément rejetée. À partir des années 1950, elle ressurgit pour servir de base aux mouvements de décolonisation et la résolution des Nations unies du 14 décembre 1960 a, en apparence tout du moins, porté cette revendication au rang de principe fondateur du droit international.

Seulement voilà, derrière ce formidable élan de générosité, les États y ont vite vu une menace sérieuse sur leurs frontières extérieures: les pays, à part quelques confettis insignifiants sur la grande scène internationale, ne sont pas des monoblocs et il s'y trouve presque invariablement des groupes de culture différente de la majorité. En toute logique, ces groupes ethniques (Basques, Bretons, Savoyards, Kurdes, Québécois, Serbes du Kosovo, je vais pas vous faire toute la liste, elle est plus longue qu'un jour sans photo de chatons) devraient pouvoir, le plus légalement et légitimement du monde, déclarer leur indépendance à la suite d'un référendum dont le résultat aboutirait à cette solution. Et l'État dont ils se séparent d'accepter immédiatement et loyalement la parole des urnes.

La bonne blague.

Parce que voyez-vous, les États, qui sont plutôt du genre prévoyant, se sont tous dotés de dispositions légales protégeant l'intégrité de leurs frontières et visant à interdire à une province ou un groupe ethnique de faire sécession. La résolution 1514 (XV) vise d'ailleurs implicitement les régions et pays placés sous un régime colonial ou de tutelle, qui ne sont pas intégrés dans les frontières de l'État colonisateur. Vous l'aurez compris, ce n'est pas le cas de la Crimée. Et le chiffre 6 de dite résolution vient rapidement doucher un certain nombre de belles revendications indépendantistes. Un peuple n'est pas un sujet de droit international. Seuls les États le sont.

En passant, reste à définir ce qu'est un peuple. Si la définition la plus communément acceptée est celle d'une communauté de langue et de culture, le problème se corse (ha ha, hi hi, ho ho) singulièrement dès qu'on se penche sur des cas concrets. Hormis quatre dimanche par an, les Suisses se considèrent assurément comme un même peuple malgré quatre communautés linguistiques issues de deux aires culturelles différentes (mais allez donc lire ceci). À l'autre bout de l'échelle, les Balkans sont une véritable macédoine (ha ha, hi hi, etc.) où le morcellement de la population rend totalement illusoire la constitution d'États mono-ethniques et où historiens et ethnologues ne s'accordent même pas sur le fait que Bosniaques, Croates et Serbes formeraient un, deux ou trois peuples, selon que l'on considère le critère de la religion comme primordial ou accessoire face à celui de la langue, qui est la même pour les trois communautés (je vous fais provisoirement cadeau du Kosovo).

À ce stade, vous devriez avoir déduit que, selon le droit international actuel, la Crimée, qui n'est pas une colonie mais une partie intégrante de l'Ukraine, ne peut pas se prévaloir d'un droit à l'autodétermination et qu'une sécession ne pourrait se faire légalement que d'entente avec les autorités ukrainiennes.

Alors quoi?

Alors bon, s'extasier devant le "formidable élan" de la jeunesse ukrainienne (et parler d'une révolution qui n'en est pas une) pour ensuite aller chouiner que le petit Vladimir ne reste pas sagement les bras croisés, je veux bien dans l'absolu: le fait est que la Russie n'a pas à se mêler des affaires internes de l'Ukraine et que cette dernière n'a pas violé la souveraineté de la Russie. Mais comment dire? Quand on a suicidé un président démocratiquement élu pour y mettre un pantin à sa solde, bombardé un État pour soutenir la sécession d'une province de ce dernier, un autre pour montrer à Papa qu'on sait faire aussi et quand on occupe toujours, douze ans après les faits et pour des raisons de plus en plus obscures, un pays qui n'y est pour plus grand-chose dans ce qui pouvait vaguement justifier d'y foutre le feu, on pourrait avoir la décence de fermer sa gueule.

Parce que, voyez-vous, le message a beau est factuellement exact, il est rarement bien entendu quand l'émetteur est dénué de toute crédibilité quant à son contenu.

lundi 7 octobre 2013

J'ai testé pour vous: la vie politique genevoise

Et le moins qu'on puisse dire, c'est que je suis très satisfaite des résultats des élections 2013. Il n'y avait pas *un seul* bouchon dans les rues ce matin. J'ai trouvé une place de parc en 30 secondes, en zone blanche et à 2 pas de mon bureau! Mes collègues qui viennent en transports publics (les fous!) étaient rayonnants, tout contents d'avoir gagné 10 minutes sur leur aller-retour quotidien grâce à la priorité des trams aux carrefours. À midi, je suis allée manger aux Pâquis. Ce fut un bonheur de voir ce quartier populaire, multicolore, rendu à ses habitants, propre et apaisé. D'ailleurs, il faut que je vous parle de mon nouvel appart'. J'emménage bientôt dans un 4 pièces très bien situé en plein centre, pour à peine CHF 1500.- par mois. Je me réjouis de profiter des soirées d'été sur son grand balcon, sans devoir supporter la cacophonie des voitures et scooters puisque la rue est devenue piétonne. La fille de ma nouvelle voisine se réjouit de pouvoir aller à l'école à vélo comme sa correspondante d'Amsterdam, la circulation est vraiment devenue plus sûre grâce au généreux budget alloué à la mobilité douce.

Oh. Wait.

mardi 9 juillet 2013

Mythes et fiction de l'extraterritorialité

Les juristes sont de grands enfants: quand ils inventent un nouveau concept, ils jouent avec jour et nuit avant de le laisser rouiller parce qu'ils en ont bricolé un autre. C'est un peu ce qui s'est passé avec l'extraterritorialité.

La notion d'Etat (je vais schématiser à mort, les historiens du droit qui passeraient en ce lieu de perdition sont priés d'éviter de me tomber dessus) remonte au XVIIe siècle en général, et à Grotius en particulier. Les siècles précédents ont vu la souveraineté passer progressivement des mains de seigneurs locaux dont le territoire correspondait à ce qu'ils pouvaient s'approprier et conserver à une autorité centrale à qui l'on demande de justifier sa légitimité. Pour Grotius, les frontières ne délimitent plus la sphère d'influence d'un souverain, qui peut varier au gré des guerres et des traités, mais l'ensemble des adhérents à un corpus de lois commun. Désormais, la cession d'un territoire à un autre Etat ne peut se faire qu'avec l'accord des populations concernées (c'est de la théorie, hein, et comme tout, il se trouve toujours des têtes brûlées pour décider que ça ne les concerne pas).

Mais tout cela est bien rébarbatif et il fallait y mettre un peu de piment. On s'est dit qu'après tout, la souveraineté pouvait s'exercer au-delà des frontières nationales, puisqu'il n'était plus indispensable de pouvoir défendre son bout de jardin par la force pour y être légitimé. C'est ainsi que naquit la notion d'extraterritorialité, qui permet de soustraire une portion de territoire (parfois fort réduite) à une juridiction nationale pour la placer, ou non, sous la juridiction d'un autre Etat (dans le second cas, on parle de territoire international). Certains courants de pensée sont allés jusqu'à considérer ces lopins comme de véritables enclaves. On ne s'est d'ailleurs pas limité aux terres émergées: les navires et aéronefs croisant dans les eaux ou espaces aériens internationaux auraient compté comme partie intégrante de l'Etat dont ils arboraient le pavillon.

Cette conception ne s'est jamais véritablement imposée, en premier lieu parce qu'elle aurait créé passablement d'embûches pour pas grand chose - imaginez donc une douane devant chaque ponton. On s'est donc contenté d'une fiction: on ne la voit pas, on ne la sent pas, on ne l'entend pas, mais on fait "tout comme si". En droit, une fiction n'est pas un truc qui n'existe pas mais une torsion volontaire de la réalité, sous des conditions bien réelles et précises, elles. A partir du moment où la fiction est reconnue, elle déploie ses effets comme s'il s'agissait d'une réalité tangible. Comme quoi, au moins une fois dans l'histoire, des juristes ont, de leur plein gré, opté pour la solution la plus simple. Les mauvaises langues diront qu'il suffit pour cela de laisser faire les Allemands après avoir soigneusement semé la zizanie entre Français et Anglais pour les tenir éloignés du débat.

A présent, le vif du sujet: j'entends et je lis régulièrement que les ambassades bénéficieraient du statut d'extraterritorialité et seraient rattachées au territoire de l'Etat qu'elles représentent.

Comment dit-on, déjà? Ah oui: "Double combo fail".

Premièrement parce que, comme on l'a vu, un territoire extraterritorial reste partie intégrante de l'Etat où il est géographiquement situé. Simplement, le droit de cet Etat ne s'y applique pas. Ensuite, parce que les ambassades ne sont pas sous statut d'extraterritorialité. L'article 22 de la convention de Vienne sur les traités diplomatiques leur garanti l'inviolabilité, ce qui est bien différent: les autorités de l'Etat hôte n'ont pas le droit d'y entrer sans l'accord du chef de mission et toute perquisition, réquisition, saisie ou mesure d’exécution y est absolument exclue. Concrètement, cela signifie que le droit suisse continue à s'appliquer au sein de l'ambassade du Kirghizistan à Genève et inversément. C'est peut-être un peu moins dépaysant, mais dites-vous qu'ainsi, vous ne risquez pas la peine de mort par pendaison si vous laissez tomber par mégarde la boulette de coke achetée en prévision du week-end en allant chercher votre visa pour la Thaïlande. Ce peut être un soulagement, à l'instant T.

De même, le personnel de la mission peut, si nécessaire, faire appel à la police de l'Etat hôte en cas d'urgence: émeute, prise d'otage, etc., appel auquel l'hôte s'empressera de répondre pour montrer son sens aigu de l'hospitalité. Ou pas.

Mais alors, concrètement, quels sont les cas d'extraterritorialité véritable? Eh bien, il n'y en a pas beaucoup: le siège des Nations Unies à New York et Genève, celui de l'Organisation maritime internationale à Londres, certains tribunaux internationaux, certaines propriété du Vatican en Italie, le Bureau international des poids et mesures, entre autres. Pour les amateurs de microhistoire, il y a eu deux cas d'extraterritorialité très limitée dans le temps au XXe siècle: la maternité où est née la princesse Margriet des Pays-Bas ainsi que l'hôtel où est né le prince héritier de Yougoslavie ont été très brièvement exclus de la juridiction du Canada et respectivement de l'Angleterre pour éviter que les royaux rejetons ne bénéficient de la nationalité de leur pays de naissance.

Inutile donc, cet été, de verser une larme et de chanter le Cantique suisse, la Marseillaise ou Zdravljica ! (quoique vous pouvez resservir ce dernier pour l'apéro) en passant devant l'ambassade de votre pays d'origine. Mais faites-en une photo, pour la Freikultur.

dimanche 21 avril 2013

L'impuissance

Je n'avais pas l'intention d'ajouter ma voix au concert (pour le moins) discordant des avis plus ou moins éclairés pour ou contre l'ouverture du droit au mariage aux couples homosexuels, ne cachant pas mon approbation mais ne voyant pas trop ce que je pouvais y apporter. Déjà, l'idée de mariage, ça me plaît moyen, rapport peut-être à mon histoire familiale et aux mois que j'ai passés, la vingtaine à peine entamée, à voir des couples qui s'étaient suffisamment aimés au point de se jurer fidélité à vie (les fous) se déchirer quelques années plus tard au point que vendre un vieux congélateur pour une bouchée de pain pouvait être considéré comme une haute trahison. Mon professeur de droit de la famille disait d'ailleurs qu'acheter de l'immobilier à deux revenait à planquer une bombe à retardement dans sa cave et jeter la clé. Seulement voilà, l'abrogation de cette noble et immuable (immuable que pouik, oui) institution n'étant pas à l'ordre du jour, je ne vois pas pourquoi on l'interdirait à certains couples au motif que la nature les a équipés des mêmes extensions.

Avant d'entrer dans le vif du sujet, je passe rapidement sur un vieux mythe ressorti pile poil pour l'occasion: le mariage n'a pas été créé dans le but de protéger les enfants. Le but du mariage est avant tout de protéger un patrimoine, d'ancrer une alliance entre deux familles et d'assurer un entretien aux femmes dans des sociétés où elles ne pouvaient, hors prostitution, pas être indépendantes financièrement. Les enfants, on n'en avait tellement rien à battre que le père de famille romain pouvait bazarder à la naissance ceux qu'il ne voulait pas élever. Le mariage, c'est d'abord et principalement une histoire de fric.

Quand François Hollande a annoncé vouloir ouvrir le droit au mariage aux couples homosexuels, j'ai accueilli favorablement la nouvelle sans trop me faire d'illusions: je savais que ce serait plus facile que de réduire le chômage galopant et que ça lui permettait de se mettre une partie de l'électorat dans la poche à pas cher. Mais après tout, le PACS n'offrait qu'une couverture très restreinte en regard du mariage et je ne voyais aucune raison de priver les couples homos de ce droit.

Une année plus tard, je ne ressens plus que du dégoût mêlé d'impuissance. Je me doutais que ça n'irait pas tout seul et que la droite en profiterait pour tester le nouveau gouvernement sur la première mesure de son programme. Mais je ne m'attendais pas à un tel déferlement de haine touchant des amis et des membres de ma famille au point que j'en vienne à craindre pour leur santé mentale, voire pour leur sécurité. J'ai vu des familles se déchirer, des amitiés prendre fin, à cause des outrances commises par des gens qui vont tous les dimanche s'entendre dire qu'il faut aimer son prochain, avant d'aller hurler contre les droits de ce dernier et d'en appeler à la guerre civile.

Que les choses soient claires: je comprends tout à fait que l'on puisse désapprouver que des couples homosexuels se marient, en particulier quand on est issu d'une génération où cela paraissait tellement incongru que les homos eux-mêmes n'auraient jamais eu l'idée de le revendiquer. Je sais aussi que les manifestations et autre démonstrations de force font partie du paysage politique en France, l'un des deux pays dont je suis originaire, alors qu'elles en sont pratiquement absentes dans celui où j'habite. Mais entre l'envie d'apporter mon soutien à une partie de la population faisant l'objet de tous les excès et une certaine retenue vis-à-vis d'une cause qui ne me touche qu'indirectement, je ne sais sincèrement plus quoi faire. J'ai beau me dire qu'il ne s'agit après tout que d'enfants turbulents qui testent leurs parents, cherchent les limites et ont besoin de les trouver, que tout rentrera dans l'ordre une fois la loi passée, le fait qu'il se trouve suffisamment de gens censément bien sous tous rapports capables de vomir de telles insultes à l'égard de gens qui ne menacent en rien leur mode de vie, téléguidés en cela par la moitié de la classe politique, ne me dit rien qui vaille au sujet de ce que je dois bien encore appeler mon pays.

Alors si d'aventure vous passez par là, je vais vous demander un truc, si vous en êtes encore capables. Vous imaginez-vous aptes à expliquer, dans dix, vingt ou trente ans, à vos enfants, vos petits-enfants, que votre opposition à une réforme législative vous permettait de faire preuve d'une violence pareille contre des êtres humains inoffensifs ou, du moins, de la cautionner? Pensez-vous réellement que ne pas partager une certaine vision de la société autorise à insulter une large part de la population, au sein de laquelle vous pourriez bien, d'ailleurs, retrouver des proches, voire vos propres enfants? Et comme ces derniers ont une fâcheuse tendance à se mettre à penser par eux-mêmes au sortir de l'adolescence, pourrez-vous les regarder en face lorsqu'ils vous demanderont des comptes? Aujourd'hui, vous n'aurez peut-être pas de mal à me répondre oui mais réfléchissez: je suis assez bien placée pour savoir que certaines "crises d'adolescence" cachent parfois des ruptures bien plus profondes.

mercredi 27 février 2013

Mon iBite, ou comment je suis partie à l'assaut d'un des derniers bastions masculins

Faire pipi dans les bois, c'est un peu un traumatisme d'enfance: pendant des années, je m'en mettais une bonne partie sur les pieds. J'ai fini par apprendre à viser droit mais c'est toujours quelque chose que j'abordais avec appréhension. Jusqu'à la Révélation, au détour d'un blog traitant de voyage à vélo.

L'auteure de l'article y a testé trois peeing devices, nous permettant, à nous les fââââmes, de faire pipi debout, comme ces messieurs. Ni une ni deux, j'ai commandé la version rigide, le pStyle, qui avait sa préférence. Un petit test à la maison avec une panosse à portée de main (qui n'a pas servi) et me voilà partie avec mon homme et mon frère, le bout de l'engin dépassant fièrement de la poche arrière de mon maillot de vélo. Une centaine de kilomètres au programme, une météo frisquette, une pause-café chez un collègue sur la route, j'étais assurée de faire une démo en live. Au bout d'une heure et demie, ça n'a pas raté, j'ai réclamé une pause pipi. "Faut trouver un bout de forêt", dit mon frère, arborant l'air vaguement blasé qui sied à ce genre de circonstance. "Pas besoin, où tu pisseras, je pisserai." Je nous vois encore, à discuter le bout de gras en faisant notre affaire, au pied du col du Mollendruz. "Les gars, vous venez de perdre votre dernier privilège." Sauf qu'au sommet, enfer et damnation: l'objet était tombé de ma poche.

En rentrant, je me suis dit que 12 euros pour un bout de plastique semi-circulaire, c'était cher payé si ça devait être du mono-usage. J'ai fait travailler mes méninges, récupéré quelques bouteilles en plastique dans les sacs pour la déchetterie et attrapé une paire de ciseaux. Et mon intuition était la bonne: une bouteille coupée en deux dans le sens de la longueur fait très bien l'affaire, et pour pas un rond. Après quelques tests et ajustements, j'en suis arrivée à la conclusion que le meilleur rapport longueur - largeur - rigidité - capacité est offert par la bouteille d'Ov*m*ltine petit format. Je l'ai affectueusement baptisée mon iBite.

Les avantages d'une iBite sont doubles: premièrement, plus besoin de laisser traîner le fond du jean, voire du maillot de vélo (cuissard à bretelles oblige) par terre, en particulier quand le sol est mouillé. Secondement, comme on se déshabille à peine, plus besoin de chercher un endroit à couvert sur 360° (certaines s'en fichent de montrer leurs fesses, moi pas; traitez-moi de bégueule si vous voulez). Il faut juste prévoir un sachet de congélation pour le rangement et une bouteille d'eau pour le rinçage. Le seul moment un peu délicat est celui du retrait: il faut faire attention de basculer la chose vers l'avant pour terminer de la vider.

Les filles, n'attendez plus: l'insouciance en ballade peut être aussi simple qu'une bouteille en PET et un canif.

samedi 23 février 2013

L'envoi d'une chose non commandée...

L'année dernière, histoire de montrer ma volonté de m'intégrer dans mon nouvel environnement socio-culturel, j'ai participé à la course de l'Escalade (pas la Marmite, la Vraie, celle où l'on Souffre). Souvent, sur ce genre de manifestation, un photographe accrédité par l'organisateur vous proposera d'acheter les clichés qu'il a pris de vous à cette occasion. D'habitude, je recevais un mail m'invitant à consulter les photos et à télécharger les versions grande définition contre paiement, mail que j'ignorais poliment. Jusque là, je n'ai rien contre le procédé.

Là où ça devient quelque peu gonflé de la part de l'entreprise présente sur l'Escalade, c'est que j'ai reçu ce matin une photo papier en format 10x15, m'invitant à verser la modique (hem) somme de Fr. 14.- (hem) ou de renvoyer le cliché.

Comment dire? T'as raison, prends-moi pour une conne.

Comme le Législateur est un type prévoyant, il a concocté un article tout spécialement pour les petits malins dans ton genre qui pratiquent rien de moins qu'une forme d'extorsion light: l'article 6a du Code des obligations, libellé comme suit.
1 L’envoi d’une chose non commandée n’est pas considéré comme une offre.
2 Le destinataire n’est pas tenu de renvoyer la chose ni de la conserver.
3 Si l’envoi d’une chose non commandée est manifestement dû à une erreur, le destinataire doit en informer l’expéditeur.
Donc voilà, aucune obligation de payer ni de renvoyer quoi que ce soit. Mais je vais peut être profiter de l'enveloppe pré-affranchie pour les informer de ce qui précède, avec une facture de Fr. 100.- pour le conseil juridique. On sait jamais, sur un malentendu ça peut marcher.

mercredi 16 janvier 2013

Casse-toi cupules

Préambule: je ne m'excuserai pas du jeu de mots minable qu'est le titre de ce billet. Déjà, je fais ce que je veux chez moi, ensuite ça laisserait supposer une promesse de ne pas recommencer, et je n'ai aucune intention de la tenir.

Donc. Les pierres à cupules.

Les pierres à cupules sont des rochers dans lesquels, un peu partout dans le monde, la main de l'homme a creusé des cupules, c'est-à-dire des dépressions circulaires (une cupule est, littéralement, une petite coupe). Dans les vallées glaciaires, il s'agit le plus souvent de blocs erratiques. Ailleurs, on trouve des cupules sur des affleurements rocheux, des stèles ou encore des menhirs. Certaines sont rudimentaires, d'autres sont reliées entre elles par des rigoles et forment tout un réseau de cascades. La pierre aux écuelles, à Mont-la-Ville, est tout à fait remarquable à ce titre. En Galice, les cupules sont parfois entourées de cercles concentriques. Une variante plutôt choupinou consistait à creuser des empreintes de pieds dans la roche.
Une pierre à cupules toute simple
Une très belle pierre à Louro, en Galice.
video

Une pierre à empreintes

En Europe, la plupart des pierres à cupules datent du Néolithique mais certaines sont attribuées à l'âge du bronze ou du fer.

Mais pourquoi donc?

Bonne question. La réponse est: on n'en sait rien. La théorie la plus courante est qu'il s'agissait de lieux de culte et que les cupules servaient à des libations. Seulement voilà, l'argument "c'est religieux", c'est un peu le joker archéologique que l'on sort quand on n'a pas d'autre explication (c'est pas très bavard, une pierre à cupules). Il y a néanmoins quelques sources écrites pour appuyer cette théorie: au premier concile de Nantes en 658, Clotaire III s'émeut que des paysans se rendent près des menhirs pour y pratiquer un restant de culte païen. Plus récemment, une pierre à cupules a été découverte sous l'église de Corsier dans le canton de Genève. Or, l'Église a amplement pratiqué la récupération de fêtes et de lieux de cultes païens quand elle ne pouvait pas y mettre fin.

Mais pourquoi cet intérêt pour des cailloux dont on ne sait rien à part qu'il existent?

Comme ça. Pour le fun. Par amour de l'inutile. Parce que c'est un patrimoine encore peu documenté. Parce qu'il s'agit de vestiges archéologiques accessibles à tout le monde, tout le temps. Parce que c'est l'occasion de balades en forêt. Parce que ça m'amuse d'imaginer que des humains s'y rassemblaient déjà il y a 5000 ans. Parce que connaissant les outils qu'ils avaient à disposition, ça m'en bouche un coin. Parce que.
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